La méditation, une valeur en hausse


Des députés en formation à la… méditation ! Après le Parlement anglais, voilà que l’Assemblée nationale propose à ses membres une initiation à cette technique, sous la conduite de Christophe André, psychiatre, praticien de la psychologie positive, bien connu pour ses ouvrages et émissions à succès sur le bonheur par la méditation.
Effet de mode ? Instrumentalisation. ? Peut-être, mais aussi signe d’un changement à l’œuvre dans le monde politique et la société. On pourrait parler d’une redécouverte non seulement de la spiritualité mais plus largement, dans une perspective tout à fait profane, de la place et du rôle de l’intériorité dans la vie quotidienne.
L’un des députés intéressés par cette formation explique qu’« un travail sur notre intériorité peut nous aider à prendre du recul et mieux gérer les situations ten¬dues ». Et, au fond, l’image positive du président Macron ne tient-elle pas justement à un travail intérieur, au principe d’une relative harmonie entre paroles et actes et d’une belle « capacité à être à l’écoute de l’autre, ce qui est extrêmement rare » (Michel Rocard)..
Il s’agit de développer une forme de sagesse, de maîtrise de soi, d’écoute, dans l’action, et cela par un pas de côté permettant le recentrage, le recueillement au sens presque floral du terme, autour d’un centre de gravité personnel singulier mais non clos sur soi.
Comme l’a si bien souligné le philosophe Emmanuel Mounier, l’existence équilibrée tient dans ce jeu constant entre un mouvement de sortie de soi dans l’action et de retrait en vue d’une reprise, comme, dit-il, la systole-diastole du cœur. Et Dieu sait si la vie politique, toujours guettée par l’activisme, l’impose plus encore !

Retarder le vieillissement

Dès les années 1930, Paul Valéry remarquait que « nous sommes enfermés hors de nous-mêmes » et donc « exfermés ». Cet état a eu tendance à se généraliser dans la « société liquide» où importent plus que tout, dès le plus jeune âge. L’intensité, le « fun », la glisse, c’est-à-dire assez souvent l’apparence et la superfi¬cialité. La cosmétique a repoussé l’éthique assez loin.
J’entendais récemment une mère demander à son fils de 6-7 ans, au sortir d’un concert classique : « Alors, tu t’es bien amusé ? ». Tout est dit ! Et parmi les facteurs qui y conduisent, l’accélération du rythme social tient un rôle décisif. Elle agit comme une centrifugeuse projetant la vie personnelle du centre vers la péri¬phérie. Au point que l’univers personnel en vient à avoir sa circonférence partout mais son centre nulle part.
C’est d’autant plus regrettable que recherches montrent à quel point la méditation peut retar¬der le vieillissement de plusieurs années. Et que, par ailleurs, on voit combien cette capacité de retour sur soi enrichit la vie commune. Pour la simple raison qu’à la différence de la simple réflexion, la méditation prédispose à l’attention et à l’empathie, comme l’illustre l’expérience, rapportée par Matthieu Ricard, de Madison aux États-Unis.
Dans une école maternelle, les enfants de 4 à 5 ans sont, tous les jours, invités à se concentrer, en silence, sur leur souffle avant d’aller observer les progrès des « graines de paix », images de l’amitié qu’ils s’engagent à cultiver. Au bout de quelques semaines, on a observé une nette amélioration des comportements sociaux.
Une manière de rejoindre l’étymologie du mot « méditer » qui signifie aussi « porter remède ».

Article paru dans Ouest France 9 janvier 2018

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