Le transhumanisme: Un homme augmenté, une  humanité mutilée.


Un processus historique déjà en marche.

La marche vers le transhumanisme a déjà commencé. Car il est à l’horizon de deux mouvements historiques qui convergent, et tendent aujourd’hui à fusionner. Ce qui est remarquable, c’est que ces deux processus s’inscrivent sans contestation possible dans ce qu’on appelle « progrès ». Mais parce que nos sociétés n’ont absolument pas encore intégré l’indispensable notion de limites à respecter, ils sont en train, tout en se combinant, de franchir un seuil qui va faire basculer l’humanité dans une autre espèce. Beaucoup s’en réjouissent. Nous pensons qu’il y a plutôt matière à s’alarmer.

Le premier de ces mouvements, c’est la médecine. En réduisant de façon radicale le fléau de la mortalité infantile, en éradiquant nombre de maladies, grâce notamment aux vaccins, et aux antibiotiques, elle a permis un allongement spectaculaire de l’espérance de vie, qui achève de nos jours à s’étendre à la totalité de la population mondiale, même si quelques signes inquiétants de régression sont parfois relevés. La vocation de la médecine est de guérir, donc de maintenir, ou de restaurer le « bon état » du corps et de l’esprit contre les assauts de toutes les espèces de maladies. Mais la frontière est impossible à tracer de façon nette avec la tentation d’améliorer cet état  naturel. La médecine préventive, les vaccins, et toutes sortes de traitements ont déjà pour objet de le renforcer, et implicitement d’augmenter les performances des femmes et des hommes. Le sport professionnel, dont la finalité est devenue marchande, plus qu’une illustration, en fournit maintenant une caricature. Les champions, dans toutes les disciplines, sont déjà des mutants. Le dopage scientifique déjoue toutes les velléités d’interdiction et de contrôle. Comme le dit Michael J. Sandel:  « Au fur et à mesure que le rôle de l’augmentation/amélioration [enhancement] s’accroît, notre admiration pour les performances sportives s’estompe. Ou, pour mieux dire, elle passe des performances des joueurs à celles de leurs pharmaciens ! ». Les manipulations génétiques chez les sportifs sont imminentes, si elles ne sont pas encore pratiquées.

 

L’autre mouvement, c’est celui de la robotisation. Il vient de  beaucoup plus loin que ce que l’on imagine parfois. Car il n’y a pas de solution de continuité entre les étonnants robots d’aujourd’hui et ceux qu’on appelait dans d’autres siècles les « automates ». Déjà chez les grecs, au VIème siècle avant notre ère, le pythagocien Archytas de Tarente grand ami de Platon, avait conçu une colombe de bois capable de voler un peu. Des machines jouaient de la musique, et des  horloges à eau étaient d’une grande précision. Les jardins de Bagdad, vers 800 après Jésus-Christ étaient peuplés d’oiseaux et de créatures mécaniques. A partir du XIVème siècle, les  jaquemarts de plomb sonnent les cloches de nos églises. Le XVIIIème siècle est l’âge d’or des automates : Jacques de Vaucanson fait sensation avec un canard mécanique qui mange, digère, défèque, et la famille d’horlogers suisses Jaquet-Droz met au point un automate qui écrit de véritables textes. Avec Jacquard, on passe de l’automate au robot, avec le premier métier à tisser. L’électricité va permettre à ce mouvement de prendre une ampleur considérable. Alors vient le temps de la robotique qui révolutionne les processus de production de façon continue, jusqu’à nos jours. La « robolution » commence dans les usines, dès les années cinquante du siècle précédent, avec ces grands bras articulés qui assemblent, soudent les carrosseries de nos automobiles et autres objets de notre consommation de masse. Elle se poursuit en gagnant tous les secteurs ; durant la dernière  décennie, un cap impressionnant est franchi depuis qu’avec les progrès de l’intelligence artificielle, ces machines interviennent dans le tertiaire, avec une efficacité dépassant celle des hommes, même pour les métiers de haute qualification. Dans quelques décennies, un avocat sur deux sera un robot. Les médecins, les chirurgiens, les psychologues, les enseignants risquent d’être massivement supplantés par des robots intelligents. L’impact cette révolution sur l’emploi est considérable, et sera abordé dans une autre rubrique. Signalons simplement que l’argument libéral classique des créations d’emplois nouveaux compensant l’inévitable  mouvement massif de destruction de postes – y compris de postes qualifiés – est totalement épuisé. Il n’y a pas de véritable précédent à un bouleversement de cette ampleur dans l’histoire, et son contexte est tout à fait inédit.

 

C’est à l’intersection de ces deux mouvements, en ce début de troisième millénaire qu’émerge le transhumanisme.  Avec les  robots connectés et mus par les algorithmes naissent les humanoïdes, à l’apparence quasi-humaine. Il y aurait d’ailleurs à s’interroger sur ce choix sans rationalité technique : des chenilles seraient faciles à concevoir et plus opérationnelles que des jambes articulées. Mais l’irrésistible anthropomorphisation démontre irrévocablement que des zones irrationnelles de nos représentations sont sollicitées. (Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur la vogue des « love-dolls »). Dans certains cas, on combine des dispositifs numériques avec des éléments organiques (neurones de rats).

Les progrès de l’intelligence artificielle sont tels qu’après DeepBlue ayant vaincu Kasparov aux échecs, Alphago, conçu par Google,  a pu écraser le champion du monde du jeu de Go. Ainsi les robots  peuvent dialoguer, apprendre, se corriger, (le « deep learning ») et donc mieux s’intégrer dans un environnement humain. Les établissements d’hébergement pour personnes âgées commencent à en introduire.

Parallèlement, les progrès de l’ingénierie génétique sont spectaculaires. La technologie CRISP/Cas9  permet d’intervenir sur le génome humain de la même façon qu’on utilise un traitement de texte, avec des copié/collé. Pour la première fois, en août 2017,  des gènes porteurs d’une maladie héréditaire ont été corrigés dans des embryons humains par une équipe composée de scientifiques américains, chinois et sud coréens.

Enfin, les humains se dotent d’instruments numériques et d’objets connectés qui dopent leurs capacités et même déjà se font implanter des composants numériques miniaturisés dans leur organisme. L’agence digitale New Fusion a fait implanter une puce électronique sous la peau d’employés volontaires qui peuvent ainsi être identifiés sans codes ni mots clés pour ouvrir portes et ordinateurs. Des nanorobots circuleront bientôt dans le corps humain, notamment dans les artères, pour y effectuer certaines opérations.  Les neuronano-technologies vont permettre d’intervenir dans le cerveau, et il sera bientôt possible de fabriquer des cellules artificielles grâce à la biologie synthétique.

Le cyborg, créature mi-humaine, mi-artificielle, jusqu’ici fantasme alimentant romans ou films de science-fiction  est en passe de devenir réalité. Par l’hybridation entre l’homme et la machine, un être nouveau va naître. Ce n’est rien moins qu’une véritable mutation anthropologique qui commence à s’accomplir. Cette perspective est-elle inéluctable ? Est-elle souhaitable ?

Un mouvement que rien ne semble devoir arrêter

Le transhumanisme est promu par un mouvement déjà ancien, devenu très puissant. C’est dans une conférence à Dartmouth, dans le New Hampshire, en 1956, que John McCarty invente ce concept. L’année suivante, Julian Huxley (le frère de l’auteur du « meilleur des mondes ») affirme « L’espèce humaine peut, si elle le souhaite, se transcender ». Il revendique les valeurs de la contre-culture californienne des années 70, et peut être considéré comme le prolongement, ou la substitution au mouvement hippie de ces années-là, se réclamant de courants de pensée come l’hédonisme ou le libertarisme, justifiant la liberté de l’homme d’intervenir sur lui-même. Egalement en résonance avec le New Age, il se développe dans le cadre de l’Université de Californie de Los Angeles, et s’épanouit  aujourd’hui au cœur de la Silicon Valley.

Ray Kurzweill, prophétisant  la « singularité », c’est-à-dire le moment où l’intelligence artificielle dépassera l’humaine, aux alentours de 2045, en est une des figures les plus marquantes, ainsi qu’Elon Musk, créateur de Paypal, de la voiture électrique Tesla,  des fusées Space X, ambitionnant de fonder une colonie humaine sur Mars, et travaillant à l’hyperloop, train circulant à une vitesse supersonique dans une gaine. Mark Zuckerberg, créateur de Facebook, est de l’aventure, avec son projet de vaincre la mort, dans lequel il déclare vouloir investir trois milliards de dollars.

On voit bien qu’il ne s’agit pas d’élucubrations de quelque secte microscopique, ni d’illuminations de prétendus gourous isolés. Ces projets sont propulsés par la force motrice de la puissance financière des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui, on le sait, ont dépassé en termes de capitalisation les plus puissantes firmes industrielles. Les perspectives de profits futurs de ces activités leur ouvrent les  portes de tous les modes de financement. Leurs dirigeants font incontestablement partie des nouveaux maîtres du monde. On ne voit guère d’autres forces s’opposer à cette implacable conquête de positions inexpugnables au cœur de notre avenir. La quasi-absence de ces questions dans les agendas politiques, et leur marginalité en termes de débats posent question. Cela renvoie à la faillite de nos institutions politiques nationales, européennes et à l’absence d’une gouvernance mondiale digne de ce  nom, engluées dans le discrédit général, embourbées dans des polémiques misérables, incapables d’assumer les défis du long terme.

Mais surtout,  c’est le signe d’une conquête générale des esprits, d’un travail sur les représentations collectives, d’une sacralisation des prouesses technologiques qui ont acquis la force du dogme. On peut d’ailleurs faire l’hypothèse que cette fascination s’installe sur la place béante qu’ont laissée en se retirant les croyances religieuses, (ou s’y combinent de façon insolite dans le cas du radicalisme islamique). La véritable puissance des ces firmes est qu’en même temps, elles disposent des instruments par lesquels se construit la nouvelle vision du monde dont elles ont besoin pour se déployer. Face à la faillite des institutions qui devraient pouvoir leur résister, ou pire, à leur conquête (voir le caractère d’évidence qu’a acquis l’intrusion des instruments numériques à l’école, dont l’accord de partenariat du 30 novembre 2015 entre Microsoft et l’Education Nationale en France est un exemple typique).

Ce sont aussi des standards de consommation, s’inscrivant dans de nouveaux modes de vie qui se diffusent à travers les canaux mondiaux de communication et se généralisent. En d’autres termes, la force de ce mouvement est d’être capable de générer les comportements qui assurent sa progression. Le monde virtuel diffusé par les Smartphones, à l’instar des trous noirs dans l’univers, a une force d’attraction telle qu’il  absorbe toutes  les énergies. La colonisation des esprits s’opère, avec ces écrans dont le  pouvoir de fascination capture les regards au point de les détourner de toute autre forme de contemplation, et surtout du regard des autres, déglinguant ainsi toute velléité de convivialité authentique.

Une perversion de l’idée de progrès  

Certes, il est confortable d’énumérer les énormes avantages que l’humanité pourrait tirer de cette évolution. Les perspectives ouvertes à la médecine sont vertigineuses : la maladie d’Alzheimer  pourrait être vaincue, et des greffes de neurones viendront à bout de la maladie de Parkinson. Des  nanorobots détruiront les virus et les cellules cancéreuses, et même certains, dotés de têtes et de flagelles, pourront suppléer aux spermatozoïdes défaillants, dans des opérations de fécondation in vitro. Des puces électroniques introduites dans le cerveau des handicapés leur permettront de mouvoir par la pensée leurs prothèses et comment ne pas s’émerveiller devant la possibilité de rendre la vue aux malvoyants, l’ouïe aux malentendants, et  la parole aux muets ?

Mais l’on sait d’avance que ces technologies dépasseront le stade de la guérison, ou de la restauration des organismes abîmés par les accidents de la vie. Les mêmes trouvailles technologiques ouvrent de tout autres perspectives. Aucun comité d’éthique n’est en mesure d’empêcher que quelque part dans le monde ne se multiplient les expériences tendant à « augmenter » l’humanité de capacités nouvelles. Le projet Neuralink, porté par Elon Musk, a pour objectif d’augmenter nos performances cognitives, par le biais d’implants dans nos cerveaux. Il s’agit précisément de doper les neurones en leur permettant l’accès aux bases de données et au cloud. D’autres innovations visent  à augmenter de façon artificielle la mémoire. Les projets de ce type prolifèrent.

Mais c’est peut-être la quête de l’immortalité qui nous interpelle le plus. Déjà des personnes fortunées ont recours à la cryogénie en vue d’une possible résurrection à l’aide des technologies futures. Google développe le projet Calico qui vise une augmentation substantielle de la durée de la vie humaine ; des expériences menées à l’université de Rochester ont permis d’augmenter de 30% la vie de souris transgéniques. Plus stupéfiant encore : des chercheurs, comme Raymond Kurzweill envisagent rien moins que de séparer l’esprit du corps, en téléchargeant le contenu du cerveau sur un support artificiel. Cette réplique numérique pourrait ensuite être recopiée dans le corps de notre choix…

Il est temps d’alerter l’opinion sur les risques énormes que les thuriféraires de ces projets fous  ignorent, ou s’évertuent à nous cacher.

D’abord la voie est ouverte à un nouvel eugénisme ;  les bébés seront choisis sur catalogue : couleur des cheveux, des yeux, performances physiques, intellectuelles, etc, à des prix évidemment variables. En d’autres termes, l’humain devient un objet comme les autres, dont la qualité dépend de la valeur marchande. L’allongement substantiel de la durée de vie va dans le même sens. Il va de soi que tous ne pourront profiter de ces techniques médicales, et que la sélection se fera sur  des critères financiers. De plus, l’augmentation démographique qui en résultera – compte  tenu des limites connues de la planète – posera  le problème de la réduction des naissances, donc là encore de choix à caractère eugénique.

Les manipulations génétiques permises par CRISPR pourraient déboucher sur des catastrophes écologiques majeures, qu’elles soient appliquées aux hommes, ou à toute autre espèce. Des changements génétiques accidentels pourraient devenir héréditaires Il ne faut pas non plus négliger les risques de détournement de ces techniques par des terroristes..

On pourrait continuer l’énumération. De façon générale, d’énormes incertitudes pèsent sur ce futur présenté comme idyllique. Pour aller à l’essentiel, il faut déduire de tout cela les contours éthiques de la nouvelle société qui en émergerait, et les options philosophiques sous-jacentes.

Il s’agit d’une résurgence du  millénarisme, dans une nouvelle version numérique. C’est le rêve d’accomplissement du vieux fantasme prométhéen, de l’avènement d’un homme tout puissant, voire d’un homme-Dieu. Mais en fait cela ne pourra déboucher que sur la sortie de l’humanité. Il faut y insister ; la perversion du projet, davantage qu’en l’intrusion de machines dans nos existences, tient en  la transformation – déjà amorcée par l’envahissement de nos prothèses numériques – de  l’homme en une machine perfectionnée.

Cette utopie numérique n’est en fait rien d’autre qu’une projection dans la réalité future de l’idéologie néolibérale ; une construction issue de l’économisme qui prévaut aujourd’hui, c’est-à-dire de la vision étroitement économique de l’homme et de sa société. Ou, plus exactement, de ce à quoi le néolibéralisme tend à réduire l’homme,  et prétend voir fonctionner la société. On peut illustrer cela en quelques traits

  • Le réductionnisme rationaliste : considérer qu’à tout problème, même humain, social ou politique, il y a une solution rationnelle, mathématique, technique. Cela prolonge l’illusion technocratique exprimée par Saint-Simon au XIXème de substituer l’administration des choses au gouvernement des hommes. Dans le modèle néoclassique (Walras, Pareto…), substrat théorique de l’idéologie néolibérale, il existe un optimum théoriquement réalisable, optimisant le bien-être de chacun. Or, ce sont des états qui, dans la réalité, non seulement sont inaccessibles, mais encore sont totalement indéfinissables. L’accession au bonheur ne peut être assimilée à la résolution d’un système d’équations.
  • Une vision réductrice de la société qui n’est comprise que comme une agrégation d’individus libres et autonomes, mus par la seule recherche de leurs intérêts individuels, sans conscience collective. Les notions d’intérêt général, de biens communs, d’idéaux collectifs en sont totalement absentes.
  • Une vision monadique de l’homme, fermé à toute influence d’autrui, à tout courant d’idées extérieur, sans dette, sans devoirs, sans héritage, sans appartenance, sans passé le déterminant.
  • Le culte de la performance, dans lequel communient côte à côte les sportifs, les acrobates, les artistes (notamment « contemporains »), les managers, les traders, les hackers, les fraudeurs fiscaux, les terroristes, et qui s’impose comme norme jusque dans les relations ordinaires de la vie sociale, et dont il n’est nullement avéré qu’il lui soit indispensable.
  • L’absence de conscience, et cela dans deux sens : d’abord celui de Rabelais (« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »), c’est-à-dire l’indifférence radicale sur les dangereuses conséquences à long terme des choix accomplis, mais aussi dans le sens philosophique, à savoir la perception réflexive de soi-même comme être pensant, qui semble inaccessible (on ne peut malheureusement pas être définitif sur ce point) aux robots mus par l’inintelligence artificielle, Cette ultime distinction entre l’homme et la machine tend de toute façon à s’estomper, celui-ci évoluant vers celle-là, plus encore que l’inverse,  et est en tout cas superbement négligée par ces nouveaux maîtres du monde.

Il y aurait beaucoup à méditer enfin, sur cette stupéfiante perspective de l’immortalité, qui ignore qu’il y a une utilité de la mort, non pas au niveau de l’individu, mais au niveau de l’espèce (donc de l’humanité).  On pourrait le développer sur le terrain génétique, où elle s’avère indispensable à l’évolution, donc à l’adaptation à un environnement changeant, mais aussi sur le terrain de la création, notamment littéraire ou artistique : il n’est aucune passion, aucune transcendance sur lesquelles elle ne soit inscrite, si ce n’est qu’en « toile de fond ».

Comment choisir un autre cap ?

L’alerte a déjà été déclenchée en 2014 par un collectif de chercheurs, dont Stephen Hawking, et le physicien Max Tegmark, dans le Hiffington Post, en y affirmant que le transhumanisme serait un grand pas pour l’humanité, mais que ce serait le dernier. A ces avertissements ce sont joints, dans le rôle de pompiers pyromanes, Bill Gates et Elon Musk.

Il n’y a pas à rejeter en bloc toutes les avancées, dans une posture obscurantiste. Mais il est impératif de retrouver la maîtrise collective ce ces évolutions, de poser et d’imposer des limites clairement définies par la puissance publique, après des délibérations démocratiques dignes de ce nom. Il est possible d’en tracer quelques  grandes directions.

Puisque les robots dotés d’intelligence artificielle seront amenés à prendre des décisions, à opérer des choix, et à commettre certains actes, il faut dans leur programmation introduire des règles éthiques. Elles ont été esquissées dès 1942 par l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov. Il faut aller plus loin.

Il y a certains secteurs d’activité dont il faut carrément les bannir, du moins pour ce qui est des décisions finales : entre autres, la justice, la médecine, et surtout l’école qu’il faudrait même sanctuariser à cet égard ; car il faudrait enfin admettre une évidence jusque là refoulée : les capacités transférées aux machines, désertent en même temps l’esprit des élèves, et déjà, des adultes. Plusieurs études ont relevé une tendance à la baisse du QI ; comment ne pas y voir un lien ? Il faudrait veiller aussi à ce que le recours aux algorithmes ne soit pas un biais permettant aux autorités politiques de s’exonérer de leurs responsabilités. Cette dérive est déjà largement entamée pour ce qui est de la gestion des villes.

Des limites doivent évidemment être imposées aux manipulations génétiques de tout ordre, en définissant le seuil au-delà duquel l’idée d’humanité, construite par plus de deux millénaires d’histoire et de réflexions scientifiques et philosophiques, serait remise en cause.

Pour tout cela, il est nécessaire de procéder à des innovations institutionnelles. On ne peut se contenter pour cela d’obscurs comités d’éthiques consultatifs plus décoratifs qu’efficients. Il faut des instances de décision réellement démocratiques, avec un pouvoir politique réel. On peut imaginer pour cela une Assemblée du Long terme, comme il est suggéré dans la rubrique « avenir ».

A plus long terme, justement… toutes ces mesures ne seront efficientes  que dans la mesure où cela s’inscrit dans un changement global de cap, notamment dans un processus de démarchandisation du monde, afin de libérer peu à peu nos sociétés du joug de l’idéologie néolibérale. Ce processus, qui ne produira ces effets que dans plusieurs générations, doit néanmoins être amorcé dès maintenant, parallèlement à la transition énergétique. Des initiatives politiques, sociales, publiques, privées, un réinvestissement des médias dominants seront nécessaires pour commencer ce travail de démystification massive des mirages de la société numérique marchande.

 

Maurice Merchier

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